Attar- Mauritanie KM 1200
Arrivée à Chingetti hier à 11 heures du soir après être parti de Nouakchott à 11 heures du matin.
Autant le trajet St Louis - Nouakchott aura été fait avec une facilité déconcertante, autant ce trajet d'aujourd'hui aura été dur, vraiment dur ! Parti à 7h du matin de l'auberge, mon taxi pour Attar n'a quitté la gare routière qu'à 9 heures. Ici les traditionnelles Peugeot 407 ("La voiture de l'Afrique") ne prennent pas 7 passagers comme au Sénégal mais 10 + le chauffeur. Pas confortable du tout ! La route d'Attar n'a rien de fantastique: peu de relief, quelques dunes, quelques dromadaires, beaucoup de cailloux et surtout une chaleur écrasante. J'étais heureusement bien placé, étant le premier arrivé. Dans un taxi, les places sont numérotées de 1 à 10 (1 et 2 devant, à coté du chauffeur, 3 à 6 derrière, etc.) en fonction du confort et parfois du prix dégressif. La prochaine fois, j'essaierais d'acheter les deux places de devant pour moi seul. Arrivée à Attar vers 16h. La ville ne présente pas grand intérêt et surtout, il est fait une chaleur terrible. Je n'ai qu'une envie: partir à tout prix !
Je décide donc, vu l'heure, de pousser jusqu'à Chinguetti que certains présentent comme la 7ième ville sainte de l'Islam. Pas de chance: les véhicules qui partent à Chinguetti (85 km) ne partent pas avant 18h, à cause de la chaleur. Deux heures à attendre donc. Encore une fois, je suis le premier et peut donc acheter une place devant. Petit à petit, les gens arrivent, en particulier des commerçants avec des monceaux de sacs de riz, de biscuits, d'oignons, etc. A 18h15, le pick-up arrive et le chargement commence tout doucement: la benne du pick-up est remplie à ras bord avec ce que j'estime être 300 kg de fret, puis les baggaux (pluriel de bagage en Afrique francophone), puis viennent les passagers en "classe éco": une dizaine de personnes entassées sur la montagne de colis à l'arrière. Puis la première classe: 6 personnes en plus du chauffeur à l'intérieur. Je n'ai jamais vu cela, même au Mali ou au Sénégal. A 19h, nous partons après l'arrêt traditionnel à la station service. Je ne comprendrais jamais pourquoi les chauffeurs ne gardent pas d'argent pour faire le plein AVANT de prendre les passagers. Apparemment, c'est partout pareil...
Le trajet Attar - Chinguetti va durer plus de 3 heures avec une crevaison (pas étonnant vu la surcharge). Le passage de la passe, même de nuit au clair de lune, est très impressionnant. La déclivité est telle que nous faisons au moins 3 km en première. Je ne suis pas fâché d'être "bien" installé à l'intérieur (à cheval sur le levier de vitesse). Une fois la montagne franchise, la température baisse durablement. Cela devient vivable mais tout juste. Les "vieux" qui sont à l'intérieur sont ravis de pratiquer leur français (pas mauvais d'ailleurs) avec moi tandis que Anne et Ulf, deux touristes belge et allemand rencontrés à Attar, s'accroche désespérément à leur "siège" en deuxième classe: visiblement très éprouvant moralement et physiquement.
A l'arrivée à Chinguetti, Abu, le gérant de l'auberge Zerba nous attend. Cette auberge m'a été recommandée à Nouakchott et je n'ai qu'une envie: me poser et prendre un douche froide. Je déchante vite à la vue des "chambres": on peut difficilement faire plus simple et plus glauque. Je suis vraiment trop fatigué et décide d'aller dans "l'hôtel de luxe" de Chinguetti. Abu, très compréhensif, m'y accompagne pour le trouver fermé. Personne ne vient à Chinguetti en cette saison ! Retour à l'auberge donc pour retrouver Ulf et Anne. Finalement Abu est très sympa et puisque de toute façon, vu la température, on dort sur le toit à la belle étoile, son auberge est bien sympa. Je suis pars ailleurs content d'avoir de la compagnie: voyager seul est pesant.
Après une nuit en partie passée sur le toit et en partie dans la cour (trop de vents de sable), visite de la ville ou plutôt de ce qu'il en reste. La ville est très décevante. Des maisons en ruine, ensablées (parfois plusieurs mètres de sable) qui même au temps de leur splendeur n'ont pas du être architecturalement remarquables. C'est là que l'on réalise à quel point les Mauritaniens sont nomades dans l'âme: leurs maisons n'ont à leur yeux aucune importance. Les maisons de Chinguetti sont des tentes en pierre... Il est difficile en déambulant dans ces rues ensablées, d'imaginer que Chinguetti a eu une importance religieuse et culturelle telle dans le monde arable. Restent ses bibliothèques, bien grand mot pour ces familles qui conservent quelques centaines de manuscrits, sans doute très intéressants pour les érudits mais peu impressionnants pour le profane.
Abu nous emmène ensuite dans son "jardin": un petit enclos à 10 minutes de la ville dans les dunes. Un puits artésien y a été creusé et permet d'arroser quelques pieds de maïs et quelques palmiers dattiers. En ce moment en Mauritanie, c'est la "Getna": la fête de la récolte des dates qui a lieu en juillet et août. Beaucoup de familles reviennent de Nouakchott pour se retrouver dans les oasis de l'Adrar. Les dates de Abu profitent malheureusement beaucoup aux oiseaux mais il en reste quelques unes: excellentes !
Je fais un petit tour dans les dunes environnantes

en faisant attention de ne pas perdre des yeux le jardin. Il y a encore beaucoup de vents de sables et la visibilité est réduite. On pourrait très facilement se perdre et je suis bien content d'avoir acheté un cheich (3 mètres de tissu à enrouler en turban) pour éviter le sable dans le nez et les yeux.
Abu a eu l'excellente idée de construire une grande

citerne en ciment dans son jardin. Rapidement remplie de l'eau fraîche du puits, elle constitue une super piscine qui nous permet de passer l'après-midi agréablement malgré la chaleur. C'est assez irréel de barboter dans cette piscine, sous un palmier avec vue sur les dunes de sable ! Abu me raconte que, malgré les multiples voyageurs qu'il rencontre et ballade, il n'a aucune envie de quitter Chinguetti. Il est allé une fois à Nouakchott: cela ne lui a pas plus et du coup il est rentré sans y passer la nuit. Il a 22 ans et est marié à une "femme"... de 13 ans qui attend un bébé !
En fin d'après-midi, Ivan et ses 3 enfants passent au jardin. Ils sont venus de France (du coté d'Auxerre !) en 309 et ont loué un pick-up avec chauffeur pour la journée à Attar. Il rentre ce soir sur Attar et acceptent de me ramener. Ni une, ni deux, je fais mon sac et quitte Chinguetti sans remord ni regret, pas fâché d'éviter une pénible attente et un nouveau trajet en transports en commun.
Le trajet retour est fantastique: nous passons par l'ancienne piste désaffectée. Le passage de la passe est un grand moment, surtout accroché derrière dans le pick-up avec les enfants d'Ivan (c'est la meilleure place finalement quand il n'y a pas trop de bosses !). Petits arrêts à Fort Sagane (construit spécialement pour le film en 1984 et maintenant à moitié en ruine) et dans la nature pour observer et courir après divers reptiles (fouette queues et... je ne sais plus quoi), Ivan étant chercheur sur le sujet... L'intérêt de la région réside vraiment dans ses paysages, cela me rappelle assez le Yémen. Cela doit être fantastique pour faire du trekking... quand il fait moins chaud ! Heureusement, toujours beaucoup de sable dans l'atmosphère: pas génial pour la visibilité mais cela protège du soleil.
Arrivée à Attar la nuit. Il fait plutôt bon et suis très étonné de voir au thermomètre de l'auberge que celui-ci affiche... 44 degrés !
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